24/04/2014

En écoute : JAWHAR - Allemni (extrait de l'album Qibla Wa Qobla)

Envouté par Jawhar. Ce matin, j'étais à mille lieues d'imaginer que mon morceau de la journée (et peut-être de l'année) serait chanté en arabe, par un tunisien immigré dans ma campagne tournaisienne natale, et surnommé "Le Nick Drake des sables". Et pourtant. C'est sans doute ça la magie des découvertes musicales sur le net, celle qui m'animait tant il y a quelques années et à laquelle je suis peu à peu en train de reprendre goût.

Préparant le retour sur scène de Mud Flow pour une date unique en juillet, je m'intéresse à son leader Vincent Liben. Dans ses rares interventions sur les réseaux sociaux, je tombe sur ces quelques mots accompagnés d'un lien YouTube : "Oh que j'aime http://www.youtube.com/watch?v=tOYJsDE5mmc"

Curieux, je clique et j'arrive sur le morceau Allemni de Jawhar vu à peine plus de 2000 fois depuis qu'il a été posté en novembre 2013. Surpris mais touché par la beauté de ce titre, je laisse les 4 minutes 9 s'écouler. Coup de foudre immédiat. Je relance le morceau tout en creusant un peu plus sur le net. Je découvre alors l'histoire du groupe et de ce morceau.

Belgo-Tunisien, Jawhar naît et grandit dans la banlieue sud de Tunis. A 20 ans, il part en France étudier la littérature et le théâtre. Il y écrit ses premières chansons et commence à se produire sur scène. Depuis quelques années, il vit entre la campagne belge et la capitale tunisienne où il s’engage en tant que musicien, dramaturge et comédien. Une première création sulfureuse autour de l’amour et du sexe dans le monde arabe (Hobb Story de Lotfi Achour) le voit renouer avec sa langue et réinventer la chanson d’amour tunisienne.

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Le morceau Allemni évoque quant à lui l'homme des rues.

La chanson s’inspire d’un style très populaire voire prolétaire en Tunisie, et en grande partie très anti-conformiste dans la forme : le mezwed. C’est le cri d’un gars de la rue qui se mets a nu devant une fille: “apprends moi à t’aimer, les salauds m’ont fait oublier, ils m’ont enterré avec mes larmes et ma sensibilité, apprends moi à t’aimer. On m’a toujours dit que c’est l’argent qui ramène les êtres chers, on m’a appris que l’amour est une escroquerie, que c’est une invention féminine et avilissante... que faire si j’ai grandi entre ces murs, ceux de la mentalité de ma classe et de mon milieu?.. Et un matin je me lève et je me retrouve dévoré par ton amour, et je n’ose le dire à mes amis, et je ne sais te parler qu’en macho qui se la ramène pour masquer sa timidité et sa sensibilité, oh apprends moi à t’aimer...”

Loin du one shot, le reste de l'album est à la hauteur de ce titre, tout aussi envoutant. On y retrouve même deux morceaux chantés en anglais (If I Rise) et en français (Le Reste est Ennui).

La visibilité de Jawhr est plutôt faible. Je découvre que mon ami Marc a également découvert, apprécié et chroniqué cet album sur Esprits Critiques. Les chroniques publiées par Focus Vif et Le Soir sont également excellentes. Pour le reste, c'est à vous de jouer et d'également faire partager cette chouette découverte !

Jawhar sera en concert le dimanche 18 mai à Bruxelles dans le cadre des Nuits Botanique

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