10/04/2014

Une fausse mouche dans les urinoirs pour aider les mecs à pisser droit

Mardi 8 avril 2014. Brussels Airport. En partance pour Genève, je décide d'aller me soulager dans les toilettes de l'aéroport. Comme chaque mec qui se respecte, mon regard est d'abord attiré pour l'affiche placardée juste devant mes yeux. Comme celles-ci n'ont jamais grand intérêt et qu'il faut bien s'occuper, c'est tout naturellement que mon regard se dirige vers le bas. Et là, surprise, je découvre un insecte au fond de l'urinoir. En une fraction de seconde, mon super instinct masculin me dit : "Il faut que tu dégommes cette bête avec ton jet hyper puissant". Malheureusement, rien n'y fait, il m'est impossible de l'anéantir.  Quelques secondes plus tard, je me rends compte avoir été victime de ce qu'on appelle dans les sciences du comportement : le phénomène de nudging.

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En plus, j'étais au courant. J'avais entendu parler de cette astuce qui consiste à graver une mouche dans la porcelaine de certains urinoirs avec comme seul et unique but d'attirer l'attention des messiers et de les aider à pisser droit en visant cette mouche. Sur ce coup-là, mon instinct a été plus fort que moi, preuve s'il en fallait une que ce procédé est hyper efficace.

Selon une étude américaine réalisée à la fin des années 90, les gravures de mouche au fond des urinoirs réduisent les débordements et les éclaboussures de 80 %. Un bête petit dessin qui permet de réduire considérablement les dépenses relatives au nettoyage.

Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autre de ce qu'on appelle "le nudge", de l'anglais to nudge : pousser du coude, amener quelqu'un à faire quelque chose. Une théorie qui est en passe de devenir un véritable phénomène de société. Il s'agit d'un ensemble de pratiques destinées à influencer notre comportement en se basant sur des phénomènes de prise de décision. Mais alors qu'on croit ces décisions rationnelles, elles sont influencées par des "biais cognitifs". Les résultats sont prouvés, mais si pour certains il s'agit d'une technique efficace pour améliorer nos comportements, pour d'autres, il s'agit d'une forme de manipulation de la société.

Un autre application par exemple est la disposition des plats dans les cantines scolaires. Tout en gardant le même choix d'aliments, quelques changements dans la disposition permettent que les élèves consomment jusqu'à 25 % d'aliments équilibrés en plus. Ces coups de pouce pour influencer des comportements ont également pu prouver leur efficacité dans l'adoption de comportements responsables envers l'environnement. En informant des foyers du nombre de leurs voisins qui prennent part au recyclage des ordures, on a pu constater un augmentation de 19 % du nombre de participants. Même chose dans les hôtels, lorsqu'on indique le nombre de clients qui réutilisent leurs serviettes, plus de clients font la même chose. Évidemment, pour influencer les comportements les valeurs initialement données aux utilisateurs peuvent être tronquées et gonflées.

Le cas de la mouche au fond de l'urinoir était plutôt sympathique, mais attention aux dérives, en creusant un peu, on constate que les comportements humains peuvent aisément être influençables et influencés.

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