18/11/2007

La crise du disque est un leurre

murat


Dimanche 18 Novembre 2007.

Petit interlude ‘Culture & Société’ sur ToX.

Devant le peu de succès qu’ils avaient rencontré, cela faisait longtemps que je n’avais plus publié d’articles d’actualité.

Celui d’aujourd’hui présentant un point de vue qui pourrait engendrer le débat… je me suis dis que pourquoi pas…

 

A la Une du Monde aujourd’hui : « Pour Jean-Louis Murat, la crise du disque est un leurre ».

 

Derrière ce titre ‘pseudo-accrocheur’ se cache une interview ‘pseudo-choc’ dont je m’empresse de vous faire partager quelques morceaux choisis.

Pour les plus intéressés d’entre vous, Murat évoque ici des sujets aussi divers et variés que le capitalisme, Internet, MySpace, les Arctic Monkeys, le statut d’artiste ou encore l’imagerie romantique du rock.

 

Internet ou la liberté de se goinfrer

 

La crise du disque est un leurre : l’offre est intacte, la demande croissante, explique le chanteur. Selon lui, le responsable des maux de l’industrie musicale est le Web, système qui autorise le vol, l’anonymat, l’hypocrisie, et qui mène à la délation.

 

C’est surtout la première partie de l’interview qui est intéressante et dont je vous retranscrirai les grandes lignes… La seconde partie est quant à elle consacrée à l’actualité de l’artiste car évidemment si il s’exprime c’est bien sûr pour ensuite faire un peu de promo…

 

 

V2, maison de disques indépendante à laquelle vous apparteniez, ferme ses portes fin novembre après son rachat par Universal Music. Qu’en pensez-vous ?

 

Les gros mangent les petits, c’est le capitalisme. Pascal Nègre, PDG d’Universal Music France, applique la politique des dirigeants et actionnaires de Vivendi, qui espèrent qu’à la sortie de la crise du disque, ils auront absorbé les meilleurs afin d’alimenter en musique SFR, Canal+… A chaque rachat ou fermeture d’une maison de disques, des gens brillants sont broyés. Et les internautes crient hourra ! J’affirme que la crise du disque est un leurre, elle n’existe pas : l’offre est intacte, la demande croissante. Mais, chaque nuit, dans les hangars de la musique, la moitié du stock est volé. Imaginez la réaction de Renault face à des délinquants qui forceraient la porte quotidiennement pour dérober les voitures ! Des gamins stockent 10 000 chansons sur l’ordinateur familial, après les avoir piquées sur le Net. La société, des députés, des sénateurs trouvent cela vertueux ! Or, c’est un problème moral : tu ne voleras point, apprend-on à nos enfants. En outre, ces rapines via le Net s’effectuent dans l’anonymat. L’écrivain américain Brett Easton Ellis a dit : « Depuis la nuit des temps, l’Antéchrist cherche un moyen de prendre le pouvoir sur les consciences de l’homme, enfin il y est arrivé avec Internet.» Le Web rend les gens hypocrites, il incite à prendre des pseudonymes. C’est un monde de délation, intoxiqué de spams et de pubs.

 

Pourquoi les musiciens et chanteurs ne prennent-ils pas plus fermement position comme vous le faites ?

 

Chez les artistes, règne l’omerta. Dès qu’ils dénoncent les pratiques de voyou sur Internet, ils sont attaqués par des petits groupes d’internautes ; ceux-ci s’y mettent à une dizaine, se font un plaisir de mettre la totalité de la discographie de l’impétrant à disposition gratuitement, partout, dernier album compris. Ils sont sans visage. Les Arctic Monkeys, en Grande-Bretagne, ont eu recours à des shérifs du Net après s’être fait connaître sur le Web, et les internautes britanniques sont en train de leur faire la peau, au nom de la liberté. Mais quelle liberté veut-on ? Celle de se goinfrer ? Avec des gens qui ont 20 000 titres sur leur disque dur et ne les écoutent jamais ? Cette conception ultralibéraliste, qui est au-delà de tout système politique, se résume à peu : la goinfrerie. Internet favorise cela : toujours plus de sensations, toujours plus de voyages, de pénis rallongés, toujours plus de ceci, de cela…

 

La gratuité n’est-elle pas le meilleur moyen de démocratiser la culture ?

 

C’est une blague ! Cela nous tue. La démocratisation, c’est à l’école maternelle qu’elle doit être ancrée. Une fois les bases et l’envie acquises, chacun peut faire son choix. Par ailleurs, je ne suis pas démocrate, je suis happy few. La culture est le fait d’une minorité, d’une élite qui fait des efforts. Attention, pas une élite sociale ! La femme de ménage ou le facteur sont absolument capables de sentiment artistique. Mais la démocratisation, pour moi c’est le concours de l’Eurovision : chaque pays envoie son artiste fétiche. Et là, comme disait Baudelaire, la démocratie, c’est la tyrannie des imbéciles. Sur MySpace, vous allez voir 45 000 nigauds, les 45 000 artistes ratés qui ont ouvert leur page – j’y suis aussi, parce que sinon on me vole mon nom. Qu’est-ce qu’un artiste raté ? C’est celui ou celle qui fait la moitié du chemin, sans rien sacrifier. Le monde est plein d’artistes qui ne le sont que six heures par semaine, du samedi matin au dimanche soir. Ils sont d’une arrogance, ils veulent tout arracher ! Alors qu’être artiste, c’est un engagement total, où tous les risques sont pris. C’est une décision à laquelle on se tient. Quitte à dormir dehors, à vivre autrement. Tout le monde a en soi des capacités créatives, cela n’en fait pas un artiste pour autant. Etre artiste, c’est une affaire de vocation et de discipline, une discipline de fer. Etre artiste, c’est du travail, du travail, du travail et encore du travail.

 

Et enfin, un final de dissertation à propos de ‘La chanteur est-il un poète’ en… free-style

 

Le monde bourgeois du XIXe siècle a défini le poète comme un excentrique, un romantique, un mec qui se défonce. Dans le rock, l’imagerie romantique nous colle aux basques. Soit dit en passant, Pete Doherty aujourd’hui ne se défonce pas plus que Baudelaire hier, au vin, à l’opium, à l’absinthe… En comparant des gravures de Victor Hugo, Gérard de Nerval, Alfred de Vigny, avec des posters des rockers des années 1970, c’est frappant. Regardez le chanteur Jeff Buckley avant sa mort en 1997, ou Cliff Richard en 1972 : le look négligé calculé, être entre l’animal et l’ange.

 

Propos recueillis par Véronique Mortaigne

Illustration Julien Pacaud

 

Source : Le Monde N°-19539 Dimanche 18 – Lundi 19 novembre 2007.

 

18h. De retour dans les rues bruxelloises où quelques 30 000 belges ont aujourd’hui bravé le froid pour manifester pour l’unité de la Belgique… quelque chose comme ça… Ils étaient plus de 100 000 personnes la semaine dernière à assister aux 10 matchs de foot de la division 1 belge.

18:43 Écrit par ToX dans Culture & Société | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : crise du disque, monde, murat |  Facebook | | |

Commentaires

Du calme Jean Louis.

Écrit par : Edmond | 18/11/2007

Hum En même temps sur ce coup-là il a beau être sanguin le Jean-Louis, je trouve qu'il ne dit pas que des conneries... Si ce n'est que c'est toujours pareil : il caricature et dans le Net comme ailleurs il y a des cons et des moins, du bon et du mauvais. Mais force est de constater que, globalement, le Net a peut-être plus de côté négatif que positif... Faudrait que je revienne rediscuter de ça en détail...

Écrit par : sylvain | 19/11/2007

Ahhh Sylvain, je savais bien que ce thème pourrait t'intéresser et je comptais là-dessus! Merci pour l'intervention!
J'avais aussi remarqué que les dernières lignes pourraient t'intéresser dans le cas de ton travail Drogues/artistes. "Soit dit en passant, Pete Doherty aujourd’hui ne se défonce pas plus que Baudelaire hier, au vin, à l’opium, à l’absinthe… "
C'est vrai que sur le fond Murat soulève des éléments qui méritent d'être soulevé, c'est plutôt la forme que je discuterai...
"Mais, chaque nuit, dans les hangars de la musique, la moitié du stock est volé." Je trouve ça plutôt limite...

Par contre j'ai une journée de cours donc je reviendrai pour en discuter.

Écrit par : ToX | 19/11/2007

Murat aurait-il peur de faire parti des futurs artistes V2 virés par Universal pour manque de rentabilité et de devenir un de ces artsites "qui ne le sont que six heures par semaine, du samedi matin au dimanche soir", parce que bon, la semaine y sont obligé d'avoir un vrai boulôt...

Après, je serais plutôt d'accord avec le fait que l'anonymat du net et la possibilité de "voler" de la musique ou des films sans risque posent d'importants problèmes moraux, mais cette interview fait quand même sérieusement pensé à une bête traquée...

Écrit par : lyle | 19/11/2007

come back Je reviens de la Maroquinerie où j'ai vu un chouette concert de Pinback. j'ai aussi vu un pote et on a discuté de cette itw de Murat parce que voilà il aime sa musique, il a lu ses propos et le débat en question l'intéresse. Comme moi il reconnait les dérapages de Murat dans la forme et les lui pardonne presque tant on sait que Murat est Murat, un type qui est parfois caricatural dans la forme de ses propos quand il s'adresse aux médias parce qu'il joue un peu au personnage Murat, le type "contre", râleur, un peu "réac". Mais dans le fond comme moi il est d'accord et trouve quer ce qu'il dit n'est pas réac juste vrai. Faisons donc fi de son style et percutons sur la teneur de ses propos... qui chez moi font en tout cas écho. Et pour répondre à Lyle, bien sûr que Murat est menacé, c'est logique. Il a que ça lui : la musique. Il s'est lancé là-dedans à fond, avec toute sa volonté, son talent, etc. C'est ce qui fait de lui un artiste au sens fort, qu'on aime ou pas ses chansons, on ne peut pas lui enlever cela. Non ?

Écrit par : sylvain | 20/11/2007

Merci Lyle, merci Sylvain.
Je ne suis pas du tout certain de ce que je vais avancer ici, juste quelques pistes de réflexions...
- Est ce que culture et Internet sont conciliables? J'ai des doutes là-dessus, j'ai accès à la culture en fréquentant des salles de concerts, en lisant, en écoutant, plus rarement en allant au cinéma, pourquoi pas aussi en regardant la télévision... mais j'ai pas du tout l'impression de "consommer" de la culture en surfant sur le net.
- Est ce que Monsieur Murat est sérieusement touché par le téléchargement? Est ce que ses ventes de disques s'en font ressentir? Encore une fois, je ne pense pas. J'ai l'impression que c'est surtout "les artistes de masse" ceux se consomment "en masse" qui sont touchés par le phénomène... Je ne pense pas que les artistes dits indépendants ou alternatifs soient concernés... en tout cas pas dans la mesure d'entrepôt volés chaque nuit, pour reprendre l'expression de Murat...
Est ce que Murat se trouve facilement sur Internet? Est ce que son public "habituel" télécharge ses disques? Bof quoi...

Par contre, c'est évident que sur le fond, Internet et la gratuité nuisent à la démocratie culturelle... Reste à voir si c'est réellement de culture dont on parle...

Est ce que la figure et le statut d'artiste ont évolué? Est ce qu'ils se modernisent? Est ce que Murat est contre cette évolution et qu'il a du mal à s'adapter?
De là à dire qu'il est has-been...

Écrit par : ToX | 20/11/2007

Sylvain, bien sur je repsecte Murat même si je n'apprécie guère sa musique. Sa tirade reste quand même fort maladroite : peu ont sa chance de vivre de leur musique et d'avoir une certaine intelligentsia pour le soutenir comme lui. D'ailleurs je ne pense pas qu'il se fasse du soucis, si Universal le vire ( il ne correspond pas vraiment au profil de "l'artiste Universal"... ), il n'aura pas de problème pour trouver une autre maison de disque !

ToX, je ne pense pas qu'on ne cherche pas de la culture sur Internet, juste de l'information pour s'y retrouver dans l'énorme "offre culturelle musicale" qui s'offre à nous ( il n'y a jamais eu autant de sorties de disques ! )
Et malheureusement, le téléchargement est extremement préjudiciable pour les petits labels : quand ils ont parfois du mal à dépasser quelques centaines de précommandes pour un album à venir, il est parfois télécharger par milliers d'exemplaires sur les sites illégaux par des gens jurat leur grands dieux qu'ils achèteront le disque s'il leur plait et qu'ils iront voir l'artiste sur scène... C'est en cela que Murat à raison.

Écrit par : lyle | 20/11/2007

C'est justement peut être ça le problème: qu'il n'y a jamais eu autant de sorties de disque et de groupes. Des groupes qui sans Internet n'auraient aucune visibilité. C'est là que ça pose problème, est ce que Internet apporte plus aux petits groupes... ou pas...
J'aurai tendance à dire qu'Internet apporte plus aux petits groupes... Après je peux me tromper...
Quoiqu'il en soit, je ne suis en rien pour le téléchargement à tout va, et je suis le premier à acheter les albums des groupes qui me plaisent (souvent lors des concerts), je tenais à le préciser :)

Écrit par : ToX | 20/11/2007

En reponse a Lyle et "le vrai boulot" Bonjour,
Je suis toujours un peu choque de voir des gens dirent "ouais mais Murat il a qu´a faire un vrai boulot". Chere Lyle, je te conseille de voir combien d´annees tu met a maitiser des instruments pour pouvoir y interpreter des sentiments, savoir qui peut les capter, avoir des connaissances pointues sur les logiciels audio ainsi que savoir mixer de la musique puis savoir si le mastering est reussie... C´est ce que j´appelle un vrai travail, non remunerateur soit, mais un travail.
Quant a savoir si Internet c´est mal, de toutes facon, y´a pas le choix..

Écrit par : A-lix | 22/11/2007

Mes excuses a Lyle et mes non-respect a JLM OK, je pensais a autre chose,
Lyle, toutes mes excuses et en effet, il faut donc bien manger quand les Inrocks mettent pas ta musique en avant.

Écrit par : A-lix | 22/11/2007

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